Introduction à l’art aborigène : un culture ancestral, pour un mouvement contemporain

Ngurlu-Jukurrpa

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Lorsque l’on parle de la peinture aborigène, il nous vient souvent à l’esprit ces représentations rupestres, peintes sur la pierre ou le bois qui nous semble aussi vieilles que le monde. Et nous n’avons pas tout à fait tord, ni tout à fait raison. En effet depuis une quarantaines d’années maintenant, la peinture aborigène a connu un essor particulier grâce à l’impulsion de quelques professeurs occidentaux (lié à l’histoire de Papunya) qui ont su voir dans cet art ancestral un extraordinaire moyen d’expression universel pour des communautés de natifs d’Australie si peu entendues. Et pourtant, ces communautés si peu représentées sur le plan international sont loin de manquer de choses à dire, avec un degrés de sensibilité qui nous touche, nous occidentaux. Car l’art Aborigène est un art de l’expression et de l’individu, et pour le comprendre il faut d’abord s’intéresser à son histoire.

L’art aborigène serait la plus ancienne forme d’art que nous ayons et qui nous soit parvenu. Si les formes les plus anciennes ne nous parle pas particulièrement, elles sont pourtant fortes de sens pour ceux qui les crée et les comprennent. En effet chaque objets d’arts résulte d’un processus de symbolisation de la nature importante. C’est un art qui s’inspire profondément de ce qui l’entoure, de la nature, des mythes fondateurs de ses communautés, et du vécu de chacun (qui s’exprime à travers l’art du rêve). Les scientifiques estiment que les premiers peuples (homo sapiens) à s’installer en Australie ont du venir sur le continent à partir d’embarcation en provenance de l’Asie vers 70 000 ans-40 000 avant notre ère. Selon les ouvrages de Stéphane Jacob, Pierre Grundmannn, et Maïa Ponsonnet, l’Australie n’a sa forme que l’on connait que depuis 6000 ans avant notre ère et que son climat était relativement différent. Ainsi certaines régions d’Australie n’ont été peuplées que depuis peu de temps (à échelle de millénaire), avec des températures beaucoup plus rudes, et un niveau de la mer différent. Faisant d’une histoire que l’on connait peu certainement pas celle aussi linéaire que l’on voudrait bien le croire.

Medford Taylor, © Getty

Medford Taylor, © Getty

Si cette histoire peut nous sembler aussi vieille que le monde, et ininterrompu (on pourrait croire qu’avant l’arrivée des colons britanniques, les aborigènes ont toujours vécu de la même manière) c’est parce qu’avant l’arrivée et l’installation des colons, ces natifs n’utilisaient pas l’écriture, et donc leur seuls moyens de transcription des choses étaient leurs arts corporels, rupestres, religieux et de gravures sur bois. La nature avait et a toujours aujourd’hui une place fondamentale dans leur mode de vie, et donc dans l’art. Selon les régions australiennes les climats varient (on passe de l’Australie centrale désertique, à l’Australie du sud tempérée, et tropicale au nord) et les natifs sont essentiellement des peuples de cueilleurs-chasseurs qui vivent au gré des saisons et des points d’eau.

S’il est difficile de leur attribuer le vocabulaire de la tribus c’est que les natifs d’Australie s’organisent en sociétés sans systèmes de chefferies et où le champ familiale est très complexe (par exemple, le statu que nous associons à nos cousins sont pour eux celui de frères ou sœurs et seuls les frères des mères sont des oncles, et les sœurs des pères des tantes.  Sinon une femme qui a plusieurs sœurs, verra son enfant les appelez : « mères » ; et pour les frères de son père : « pères »)

Signes Aborigènes ©http://applesloveorangespdx.blogspot.fr/2012/12/australia-dot-style-mini-paintings.html

Signes Aborigènes ©http://applesloveorangespdx.blogspot.fr/2012/12/australia-dot-style-mini-paintings.html

Si les langues sont différentes en fonction des communautés, les signes eux, permettent de traduire de manière quasiment universelle (pour elles) des éléments mystiques et naturels. Ainsi deux barres parallèles peuvent signifier un chemin, des cercles : des points d’eau, ou de petites spirales tournants autours d’un plus gros cercle représentent alors des étoiles. Ce véritable langage pictural n’a été rendu publique que dans les années 70 par les artistes de Papunya (que nous avons déjà évoqués plus haut et qui reviendront dans un autre article).

Les caractéristiques de l’art aborigène se retrouvent donc dans les histoires qu’il raconte, et la manière dont il le fait. Les mythes, les voyages, les rêves sont autant de sujets transcrits par des signes. Avec l’art contemporain, et l’introduction de la peinture acrylique (la grande privilégiée des artistes aborigènes contemporains qui s’exercent à la peinture dans les années 70) le champ des couleurs va être considérablement élargi. Ces couleurs que l’on ne retrouve pas forcément dans la nature australienne, tantôt aride, ou parfois océane, ces artistes vont s’y intéresser et développer une esthétique toute particulière qui nous rappelle nos peintres pointillistes.

La plupart du temps, leurs toiles présentent un fond uniforme sur lesquelles les artistes contemporains (aussi bien de vieilles femmes, que de jeunes hommes, de professeurs, des éleveurs, etc.) utilisent les hachures, les points, les cercles, pour remplir l’espace et le saturer de couleur. Donnant ainsi un relief une profondeur qui nous touche particulièrement et que nos yeux accoutumés déjà à l’art abstrait reconnaissent et apprécient.

A travers cette brève introduction de l’art aborigène traditionnel, ancestral et surtout essentiel aux communautés aborigène, nous espérons pouvoir vous ouvrir à celui qui lui succède, un art vif, plein de couleurs, de formes, et surtout avec une revendication nouvelle, celle de faire entendre sa voix, et non plus d’emprunter celle des récits et contes ancestraux, pour témoigner d’une réalité sociale et historique : la place des ces communautés dans leur pays.
L’art Aborigène d’aujourd’hui doit tout à celui d’hier, et reste profondément encré à son histoire. Et comme son prédécesseur, il continue toujours de nous raconter des choses.

B. de Sèze

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