Un art des Communautés

Mon histoire,  mon pays, ma famille *

Si l’art Aborigène d’Australie est devenu résolument contemporain en s’appropriant des techniques telles que l’acrylique ou la toile, il reste néanmoins très attaché à la particularité des communautés que forment l’ensemble des groupes aborigènes. Ainsi il est possible de distinguer plusieurs styles mais aussi aussi plusieurs mouvements dans l’Art Aborigène Contemporain. Ces communautés formées de quelques centaines d’individus sont pour la plupart véritablement isolées des grandes villes, et se trouvent majoritairement dans le nord de l’Australie, et en particulier le Désert Central, et le Kimberley.

Euice Napanangka Jack, Tali (my country), 120 x 180, acrylique sur lin, © mukmuk gallery

Euice Napanangka Jack, Tali (my country), 120 x 180, acrylique sur lin, © mukmuk gallery

Avant de parler de leurs différences, j’aimerai évoquer leurs points communs. Les formes, les motifs, les rêves représentés sont tout autant d’héritages que ces artistes aborigènes tiennent de leurs ancêtres natifs. Ils témoignent de l’histoire d’un peuple, mais aussi d’une certaine universalité, dans le sens où, un œil étranger à est tout de même touché et intrigué par eux. Leurs œuvres, où des millions de spirales, de points, de lignes se croisent, se jettent, et s’entrecoupent au milieu d’un champ toujours très coloré. Chacune des formes raconte une histoire et permet à celui qui les dessinent de s’exprimer.

Alors que le rêve donne son nom à la section d’art aborigène du musée du Quai Branly, et qu’il prend une place importante dans l’imaginaire des artistes aborigènes, les notions de sacré et de mythe sont aussi très présentes. Dans plusieurs articles précédent sur ce blog, nous avons évoqué l’importance de cet art intimement lié au rituel, et adapté à nos jours, à un public non initié. Par respect pour ces croyances, mais aussi par certains faits historiques les symboles ancestraux aborigènes ont connu une certaine mutation.

En effet, dès 1788, les britanniques commencent l’exploration du territoire australien pour au départ y installer des camps pénitenciers. L’Australie que l’on suppose être occupée depuis plus de 50 000 ans par ceux que l’on appelle aujourd’hui les Natifs, se rattache par la suite, en 1901, à la couronne britannique et devient l’une des constituantes du Commonwealth. Ce qui pour la plupart des communautés indigènes fut considéré comme un intrusion massive, et cette colonisation eut des impacts sur le mode de vie des Aborigènes. La plupart d’entre eux durent s’adapter au mode de vie occidental, souvent faits esclaves on leur imposa la plupart du temps une conversion forcée et chrétienne.

Ces changements influèrent donc les motifs et les pictogrammes de l’art aborigènes.

Janet Golder Kngwarreye, Buch Leaves, 40 x 90, Acrylique sur lin © mukmuk gallery

Janet Golder Kngwarreye, Buch Leaves, 40 x 90, Acrylique sur lin © mukmuk gallery

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Mais pour en revenir sur cet art des communautés, il ne faut surtout pas croire, ou s’imaginer que ces tribus n’avaient pas de contact les unes entre elles. Par le passé, les mariages inter-communautaires et les échanges commerciaux pour ne citer qu’eux, étaient de bons exemples des ces rencontres culturelles et de leur mélange. Si aujourd’hui ces procédés ne sont plus les seuls vecteurs d’influences dans les communautés (notamment grâce à internet, mais également à la facilitation de déplacement d’un espace à l’autre) l’un des principaux reste l’emploi d’une langue telle que l’anglais (que tous ne parlent pas) qui facilita les rencontres (en effet avant l’arrivée des britanniques les scientifiques supposent qu’ils y avaient plus ou moins 250 langues parlées au sein de ces communautés !) 

Les motifs de l’art aborigène sont d’autant plus différents selon les communautés qu’elles vivent dans des régions différentes. Hors tous ces signes qui les inspirent, ces pictogramme sont directement ou partiellement issu de la nature et des paysages qui les entourent. Ainsi, et c’est l’une des premières différences qui les caractérisent, ces tribus possèdent des codes picturaux différents selon leur lieux d’habitation (n’oublions pas qu’une partie d’entre eux sont toujours nomades). Ainsi le peintre (dont le statu est récent dans ces communautés) transcris ce qui caractérise sa communauté à travers ce paysage.

Avec leurs toiles très contemporaine qui nous semblent résolument avant-gardiste, les artistes aborigènes nous touchent profondément, et ceux, sans pour autant répondre à une démarche qui est celle de nos artistes occidentaux ou même orientaux. En effet, ici, peindre, c’est une question d’identité. Et c’est ici la seconde différence : en effet l’art aborigène, même contemporain, raconte une histoire, une mythologie, des rêves que chaque tribus, pères et mères, racontent à leurs enfants, et qui seront transmis à nouveaux par ceux ci. Ainsi selon les régions nous pouvons voir apparaître des Totems.

Pour comprendre l’art contemporain des artistes indigènes, il faut comprendre leur histoire, leur tradition, qui sont tout autant que notre classique, les fondements de leur culture picturale.

Une autre similitude-différence que l’on peut retrouver selon les espaces, se sont les manières de figurer les objets (si tout reste la plupart abstrait, les communautés ont des manières propres de représenter les choses) ainsi les hachure prédomineront à certains endroits (comme en terre d’Arnhem) des motifs plus géométriques rempli de matière picturale (comme dans le désert) ou encore les points.

Katherine Ngale, Anwekety (Blush Plume), 90 x 120 cm, Acrylique sur lin, © mukmuk gallery

Katherine Ngale, Anwekety (Blush Plume), 90 x 120 cm, Acrylique sur lin, © mukmuk gallery

          *Mon histoire, mon pays, ma famille : sorte de moto répété et connu des aborigènes d’Australie qui retrace leur conception du temps et de l’univers. L’artiste se définit selon son histoire comme appartenant à un lieu, son pays, et une communauté, sa famille. Ainsi il est le relais et non le propriétaire d’une histoire à transmettre, dans le temps, sur les génération, et dans l’espace, celui des voyages et du monde picturale. 

B. de Sèze

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